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Le corps en souffrance

  • Valéry Conquet
  • 8 janv.
  • 3 min de lecture

Le Corps de Souffrance est un concept issu principalement des enseignements d’Eckhart Tolle. Il désigne l’ensemble des charges émotionnelles non digérées, accumulées au fil de l’histoire personnelle (et parfois transgénérationnelle), qui demeurent inscrites dans le corps et le psychisme. Ces mémoires émotionnelles peuvent se réactiver dans certaines situations de la vie quotidienne, provoquant des réactions disproportionnées, des schémas répétitifs ou une souffrance intérieure intense.

Dans un cadre d’accompagnement, travailler avec le Corps de Souffrance ne consiste pas à chercher à le supprimer ou à l’analyser intellectuellement, mais à développer une présence consciente qui permet son intégration et sa transformation progressive.

 

Reconnaissance et acceptation du Corps de Souffrance

La première étape essentielle est la reconnaissance. L’accompagnant aide la personne à identifier les moments où le Corps de Souffrance est activé :

  • réactions émotionnelles intenses (peur, colère, tristesse, honte)

  • sensation de perte de contrôle ou de confusion intérieure

  • discours mental répétitif, auto-critique ou dramatique

  • tensions corporelles soudaines ou chroniques

Cette reconnaissance se fait sans jugement, dans une posture d’observation bienveillante.

L’acceptation est centrale : il ne s’agit pas de combattre ce qui est là, mais de permettre à l’expérience d’exister telle qu’elle se présente. L’accompagnant soutient le client dans une attitude intérieure de type :

« Ceci est présent en moi maintenant, et je peux lui laisser de l’espace. »

Cette acceptation consciente désactive progressivement la lutte intérieure, qui est souvent ce qui entretient la souffrance.

 

Techniques d’intégration dans l’accompagnement

1. Observation des sensations physiques associées aux émotions

Le Corps de Souffrance s’exprime prioritairement dans le corps. Plutôt que de rester au niveau de l’histoire mentale, l’accompagnant invite le client à porter son attention sur :

  • les zones de tension, de chaleur, de froid ou de lourdeur

  • les mouvements internes (contractions, pulsations, vibrations)

  • la qualité de la sensation (stable, mouvante, diffuse, localisée)

Cette focalisation corporelle permet :

  • un ancrage dans l’instant présent

  • une désidentification progressive du récit mental

  • une régulation naturelle du système nerveux

L’émotion, pleinement ressentie dans le corps, peut alors suivre son cycle naturel et se transformer.

 

2. Respiration consciente pendant les moments difficiles

La respiration consciente est un outil fondamental pour accompagner l’activation du Corps de Souffrance.

L’accompagnant peut proposer :

  • une respiration lente et profonde

  • une attention portée à l’inspiration et à l’expiration

  • l’accueil des sensations respiratoires dans la zone de tension

La respiration ne sert pas à faire disparaître l’émotion, mais à créer un espace de sécurité intérieure permettant de rester présent à l’expérience sans être submergé.

Avec le temps, le souffle devient un point d’appui stable lorsque les émotions intenses surgissent.

 

3. Acceptation inconditionnelle de ce qui est présent

L’acceptation inconditionnelle est une posture intérieure clé dans ce travail. Elle implique de renoncer, momentanément, à toute volonté de changement.

Cela inclut l’acceptation :

  • de l’intensité de la souffrance

  • de la durée du processus

  • des résistances éventuelles

Paradoxalement, c’est cette absence de lutte qui permet la transformation. Lorsque l’expérience est pleinement accueillie, le Corps de Souffrance perd progressivement sa charge et son pouvoir.

L’accompagnant incarne cette acceptation par sa présence calme, stable et non intrusive.

 

4. Transformation par la présence plutôt que par l’analyse

Contrairement à certaines approches exclusivement analytiques, le travail avec le Corps de Souffrance repose avant tout sur la présence consciente.

L’analyse peut parfois renforcer l’identification au mental et aux histoires du passé. La présence, au contraire :

  • ramène l’attention dans l’instant présent

  • dissout l’identification à l’émotion

  • permet une transformation organique et naturelle

La simple capacité à rester présent à ce qui est, sans chercher à comprendre ou à expliquer, constitue déjà un acte profondément thérapeutique.


Posture de l’accompagnant

L’accompagnant joue un rôle essentiel par :

  • sa qualité de présence

  • sa capacité à rester centré et régulé

  • son non-jugement

  • sa confiance dans l’intelligence du processus

Il ne « guérit » pas le client, mais l’accompagne à se reconnecter à sa propre capacité d’auto-régulation et de guérison.

 

Conclusion

Travailler avec le Corps de Souffrance est un chemin de conscience, de patience et de douceur. En accueillant pleinement ce qui a été longtemps refoulé ou ignoré, la personne retrouve progressivement un espace intérieur plus libre, plus vivant et plus paisible.

La transformation ne vient pas d’un effort, mais d’une présence aimante et lucide à l’expérience telle qu’elle est.

 

Sources et références

  • Tolle, Eckhart. Le Pouvoir du moment présent. Éditions J’ai Lu.

  • Tolle, Eckhart. Nouvelle Terre. Éditions Ariane.

  • Levine, Peter A. Réveiller le tigre – Guérir le traumatisme. Éditions Souffle d’Or.

  • Siegel, Daniel J. La pleine conscience et le cerveau. Éditions De Boeck.

  • Kabat-Zinn, Jon. Où tu vas, tu es. Éditions J’ai Lu.

Ces ouvrages constituent des bases théoriques et pratiques solides pour comprendre le lien entre conscience, corps, émotions et transformation intérieure.

 
 
 

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