ATELIER D'EXPRESSION CREATRICE des personnes inspirantes : Margaret Naumburg, ou l’art d’écouter ce qui ne se dit pas
- Valéry Conquet
- 10 avr.
- 4 min de lecture

Margaret Naumburg naît en 1890 à New York, dans un environnement intellectuel ouvert aux idées nouvelles. Très tôt, elle développe une sensibilité particulière à ce qui ne se voit pas immédiatement : les émotions, les silences, ce qui circule en dessous des mots.
Elle grandit dans un monde où l’éducation est structurée, souvent rigide. Les enfants apprennent à répondre correctement, à suivre des règles, à rester dans le cadre. Mais Margaret ressent un décalage. Elle observe que derrière les apprentissages, quelque chose d’essentiel est laissé de côté : la vie intérieure.
Ce questionnement ne la quittera pas.
En poursuivant ses études, elle s’ouvre à différents courants de pensée. Elle découvre la psychanalyse de Sigmund Freud, qui met en lumière l’existence de l’inconscient et du langage symbolique. Elle s’intéresse aussi aux approches éducatives innovantes, notamment celles de Maria Montessori, qui valorisent l’autonomie et l’expérience directe de l’enfant.
Mais Margaret sent qu’il manque encore quelque chose. Une dimension plus profonde, plus sensible, qui ne passe ni uniquement par les mots, ni uniquement par l’apprentissage.
C’est dans l’observation des enfants qu’une intuition va émerger.
Certains n’arrivent pas à dire ce qu’ils ressentent. Ils se taisent, se ferment… mais dès qu’on leur propose de dessiner, quelque chose s’ouvre. Les gestes apparaissent, les formes se créent, et avec elles, une expression plus libre, plus directe.
Elle comprend alors que l’image peut devenir un langage.
Une pionnière : En 1915, elle fonde la Walden School à New York, une école expérimentale où elle met en pratique cette vision. Ici, il ne s’agit pas d’enseigner l’art comme une technique, ni de former des artistes. Il s’agit de permettre à chacun d’exprimer ce qu’il vit intérieurement.
Les enfants dessinent, peignent, créent sans contrainte esthétique. Il n’y a pas de modèle à reproduire, pas de jugement sur le résultat. Ce qui compte, c’est le processus.
Sa sœur, Florence Cane, partage cette approche et contribue à développer des pratiques d’expression libre, basées sur le geste, le mouvement et la spontanéité. Ensemble, elles posent les bases d’une vision nouvelle : le corps et la création comme voies d’accès à soi.
Plus tard, Margaret oriente son travail vers le champ thérapeutique. En travaillant avec des patients, notamment en psychiatrie, elle observe quelque chose de frappant : même lorsque la parole est absente ou désorganisée, les images continuent d’exister.
Les patients dessinent. Et dans ces dessins, il y a une cohérence, une intensité, une forme de récit. À une époque où ces productions sont souvent considérées comme dénuées de sens, Margaret fait un choix différent. Elle décide de les prendre au sérieux.
Pour elle, ces images sont l’expression d’un monde intérieur qui cherche à se dire.
C’est ainsi qu’elle développe ce qu’elle appellera une approche “dynamique” de l’art-thérapie.

✽Son principe est simple, mais profondément novateur :permettre une expression libre, sans contrainte, pour laisser émerger les contenus inconscients.
Dans ses séances, elle propose des médiums simples : dessin, peinture, parfois modelage. Elle invite la personne à créer sans objectif esthétique, sans attente de résultat.
✽Une de ses techniques emblématiques est celle du gribouillage libre. Il s’agit de tracer des lignes spontanément, sans réfléchir, puis de laisser apparaître des formes, des images, des associations. Ce processus permet de contourner le mental et d’accéder à des émotions plus profondes.
✽Mais ce qui distingue profondément son approche, c’est la place qu’elle accorde à la personne.
✽Margaret Naumburg refuse d’imposer une interprétation. Elle ne cherche pas à “expliquer” les images à la place de celui qui les a créées. Elle considère que le sens appartient à la personne elle-même.
Le rôle du thérapeute est alors différent : il ne dirige pas, il accompagne. Il crée un cadre sécurisant, il soutient l’expression, et il aide, si besoin, à mettre des mots — mais toujours à partir de ce que la personne ressent.
Cette posture demande de la patience, de l’écoute, et une grande confiance dans le processus.
Au fil de son travail, Margaret développe une conviction profonde :
l’être humain possède en lui une capacité naturelle à s’exprimer, à se comprendre et à se transformer. Encore faut-il lui offrir un espace où cela est possible. Pour elle, l’art devient alors bien plus qu’une activité créative. Il devient un moyen de libération, un chemin vers soi, un langage symbolique capable de donner forme à ce qui était jusque-là invisible.
Elle écrira que le processus artistique spontané permet d’exprimer pensées et émotions d’une manière directe, sans passer par les filtres habituels du langage.
Son œuvre, à travers ses écrits et sa pratique, pose les bases de l’art-thérapie moderne.
Elle ouvre une voie qui continue aujourd’hui d’inspirer de nombreuses approches, qu’elles soient thérapeutiques, éducatives ou liées au bien-être. Mais au-delà des théories, ce qu’elle laisse est peut-être plus simple encore.
Une manière d’être.
Créer sans savoir.
Laisser venir.
Accueillir ce qui apparaît.
Et faire confiance au fait que, parfois…
une image peut dire ce que les mots ne peuvent pas.🌹

Valéry Conquet
Accompagnante vers le mieux-être, expérimentée et diplômée
et Animatrice d’ateliers d’expression créatrice depuis + 20 ans
06 15 39 02 40



Commentaires