Etty Hillesum et l'écriture
- Valéry Conquet
- 18 mai
- 3 min de lecture
Etty Hillesum était une jeune femme juive née aux Pays-Bas en 1914. Durant les années sombres de la Seconde Guerre mondiale, alors que la persécution nazie s’intensifiait, elle commence à écrire un journal intime qui deviendra l’un des témoignages les plus bouleversants de cette époque.
En 1941 Etty Hillesum entreprend une thérapie avec Julius Spier. Réfugié aux Pays-Bas en 1937 pour fuir les lois antisémites nazies, ce dernier pratique la « psycho-chirologie », une forme de thérapie que Carl Gustav Jung dont il a été l'élève puis le collègue lui a recommandé de développer. Il devient son maître spirituel, elle l'appelle « l’accoucheur de mon âme » sans qu'elle exprime clairement les motivations de cette thérapie.
Sur les recommandations de Spier, elle entame la rédaction d'un journal à partir du 9 mars 1941, au fil duquel on apprend qu'elle estime qu'il n'y a pas de personne plus malheureuse qu'elle sur Terre, qu'elle manque de confiance en elle et — « éprouvant la pénible sensation d'un désir insatiable devant la beauté des êtres et du monde » qu'elle connaît des moments dépressifs.

Dans ses écrits, Etty ne décrit pas seulement les événements extérieurs ; elle explore surtout son monde intérieur. Elle parle de ses peurs, de ses doutes, de ses blessures, mais aussi de sa capacité à rester vivante intérieurement malgré la violence du monde. Peu à peu, l’écriture devient pour elle un espace de transformation, un refuge, un moyen de mettre de l’ordre dans ses pensées et d’accueillir ses émotions sans les fuir.
Une révélation vers une transformation
Son journal révèle une profonde quête de sens et une attention à la beauté du vivant, même dans les moments les plus tragiques. Elle écrit notamment qu’il existe en chaque être humain un espace intérieur qu’aucune oppression ne peut totalement détruire. Cette conscience intérieure lui permet de garder une forme de paix et d’humanité.
En juillet 1942, elle est transférée, à sa demande, dans le camp de regroupement et de transit de Westerbork situé au nord-est des Pays-Bas, pour y travailler dans l’«assistance sociale aux personnes en transit». Puis elle sera déportée à Auschwitz où elle meurt, ainsi que sa famille en 1943
L'écriture un moyen d'expression
Le parcours d’Etty Hillesum fait écho à ce que peut apporter un atelier d’écriture aujourd’hui. Écrire permet souvent de déposer ce qui est trop lourd à porter seul. Les mots deviennent un chemin pour se rencontrer soi-même, clarifier ses ressentis, traverser certaines douleurs ou simplement ralentir et écouter ce qui vit à l’intérieur.
Dans un atelier d’écriture, il ne s’agit pas d’écrire “parfaitement”, mais d’oser exprimer une parole authentique. Comme Etty Hillesum dans son journal, chacun peut découvrir que l’écriture aide à :
libérer les émotions enfouies
prendre du recul sur son vécu ;
retrouver confiance dans sa voix intérieure
développer sa créativité et sa sensibilité
créer du lien avec les autres à travers le partage des textes
L’écriture devient alors un acte de présence à soi.
Un espace où les pensées se déposent, où les blessures peuvent être entendues, et où une forme de lumière intérieure peut émerger. Le journal d’Etty Hillesum nous rappelle que même dans les périodes difficiles, écrire peut aider à rester relié à son humanité profonde.
Valéry CONQUET
Accompagnante et animatrice d’ateliers d’expression créatrice depuis + 25 ans
06 15 39 02 40
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